Santé mentale et SDF : La rue rend-elle fou ?

Ils sont nombreux à vivre dans la rue, mais peu d’études psychiatriques s’intéressent à eux. Et pas que, au Maroc, ils souffrent également d’un énorme manque de mesures de prise en charge dédiées à eux, telle est la conclusion du médecin Laila Sabri.

   Dans le cadre de ses actions qui reposent sur un contact direct et régulier avec les sans-abri, Zero Hunger Morocco a découvert que la prévalence des maladies mentales sévères (telles que la schizophrénie ou le trouble de bipolarité) est beaucoup moins élevée que ce que renvoie le stéréotype du SDF. Une personne sans-abri n’est pas toujours atteinte d’une maladie mentale, mais elle est nettement plus susceptible d’en faire les frais que la population générale.

  Une double négligence envers les SDF


    En effet, un tiers des sans-abri souffre de troubles psychiatriques sévères, selon l’étude Samenta (Santé MENTale et Addictions chez les sans-abri franciliens), ils sont 10 fois plus touchés de troubles psychotiques dont 1,5 % seulement sont diagnostiqués, avec une défaillance moindre lorsque les troubles sont plus légers. Cette étude française, mettant tout de même en évidence tels chiffres alarmants, n’a pas trouvé d’analogue marocaine. Ceci pouvant traduire la double marginalisation généralisée de la maladie mentale et des SDF au Maroc.

Pour quelle cause ?

   Pire encore; une personne sans-abri est rarement, sinon exceptionnellement, prise en charge dans les hôpitaux psychiatriques marocains. «La capacité litière de l’hôpital est très limitée, du coup, on est obligé de privilégier les personnes actives et fonctionnelles dans la société, et qui peuvent bénéficier d’un suivi par leur famille et leurs proches», indique un Professeur du centre psychiatrique universitaire de Casablanca, «Il faut tout d’abord régler la question de l’hébergement pour penser à l’état de santé des sans-abri», ajoute le professeur, interrogé par Laila Sabri, Coordinatrice à Zero Hunger Casablanca.

 L’exemple à suivre 


  Sur la même longueur d’onde, le modèle «Housing First Pathway» instauré il y a une vingtaine d’années aux Etats-Unis, propose un logement sans condition préalable aux personnes sans-abri qui souffrent de pathologies psychiatriques et d’addictions. Ce programme représentant  un changement de paradigme dans l’action médico-sociale, a été adopté par plusieurs pays européens tels que la France sous le nom d’un “chez-soi d’abord“. En attendant son arrivée au Maroc, les populations des sans-abri atteintes des troubles mentaux continuent à survivre sous la double peine: l’itinérance et l’enfer mental.

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