Dépression : Sommes-nous Responsables ou Victimes ?

En psychiatrie le terme dépression du latin depressio (enfoncement), sert à désigner une maladie pour certains, ou un syndrome pour d’autres, traduit par un état mental caractérisé principalement par une lassitude importante et une dépréciation de soi.

Qu’est-ce que la dépression ?

Les deux mots « dépression » et « déprimé » sont souvent confondus, tandis qu’ils distinguent deux sens différents. Une personne déprimée, est une personne qui passe par une période difficile, qui se sent triste ou découragée à un moment donné, ce qui peut arriver à tout individu. 

La dépression désigne une des maladies mentales les plus courantes et fréquente. En effet, On estime que près d’une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie.

Prévalence dans le monde et au Maroc 

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la dépression est la deuxième cause de handicap. Elle se situe au quatrième rang des maladies en terme de coût financier.

La prévalence mondiale de la dépression évolue entre 10 et 15% en fonction des pays, touchant 2 fois plus les femmes que les hommes.

A l’échelle nationale, les chiffres de l’OMS sont éloquents. Trois millions de Marocains sont victimes de dépression et d’anxiété. Plus concrètement, 1.484.441 d’entre eux seraient dépressifs, contre 1.477.408 anxieux. Il s’agit d’une tendance de pessimisme qui ne fait que s’amplifier.

Symptômes et critères 

  • Une humeur dépressive, l’individu ressent une tristesse pathologique permanente, accompagnée d’une douleur morale profonde, une perte de l’estime de soi et un pessimisme majeur, parfois associé à des idées de culpabilité inappropriées.
  • Une perte d’intérêt et du plaisir vis-à-vis des activités quotidiennes, même celles qui étaient habituellement plaisantes, ce qu’on appelle l’anhédonie.
  • Un sentiment d’angoisse quasi-permanent, notamment au réveil, qui peut favoriser le passage à l’acte.
  • Un ralentissement psychomoteur, observable par une modification de la marche, de la voix, des gestes, de l’initiative et de la fluidité idéiques.
  • Une fatigue (asthénie), souvent plus marquée le matin.
  • Une perte d’appétit, souvent associée à une perte de poids.
  • Des troubles du sommeil, avec souvent une insomnie en deuxième partie de nuit et un réveil matinal précoce.
  • Des troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire chez la plupart des malades.
  • Une origine psychologique ou biologique ?

Au début, avant que l’approche neurobiologique mette en question l’origine de plusieurs maladies mentales, la dépression était étudiée par la théorie psychanalytique qui s’intéressait tout particulièrement à la notion de deuil, de perte d’objet, et de frustration. Soutenue par les tenants de la psychiatrie biologique, le concept neurobiologique a révolutionné, il y a quarante ans, l’approche de la dépression et déculpabilisé les patients. 

En effet, au niveau du fonctionnement cérébral, on considère la dépression comme étant un défaut de communication entre les neurones, les cellules nerveuses, en raison d’un déficit en neuromédiateurs, messagers de l’information. Les trois neuromédiateurs impliqués sont notamment : la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. 

Une approche génétique est aussi mise en exergue, les personnes dont les parents proches ont souffert d’une dépression ont 15 % de risque d’en développer une aussi alors que chez les personnes dont les parents proches ne sont pas dépressifs les risques sont de seulement 2 à 3 %. Chez les jumeaux identiques (donc possédant exactement les mêmes gènes), les probabilités pour un des jumeaux de vivre une dépression si l’autre en a vécu une montent à 70 %.

Ainsi on aboutit à une conclusion que la dépression est une vraie maladie. Il ne s’agit pas d’un manque de volonté ou d’une faiblesse de caractère, mais plutôt d’un déréglage au niveau du cerveau qui nécessite une vraie prise en charge et un traitement médicamenteux avec une psychothérapie recommandée.  

Des traitements efficaces dans près de 70 % des cas

Si l’origine neurobiologique de la maladie n’est toujours pas bien comprise, des traitements médicamenteux efficaces existent et permettent d’améliorer, voire de guérir, une majorité des épisodes dépressifs caractérisés. Il est donc important que la prise en charge du premier épisode dépressif et des suivants soit correctement menée. 

Dépression et SDF 

Les maladies mentales sont très répondues dans la population des SDF, et peuvent être une cause ou une conséquence de ces conditions de précarité. Ainsi se pose la question : la rue rend-elle dépressif ou bien se retrouve-t-on à la rue parce qu’on traîne une dépression majeure ou une pathologie psychiatrique préexistante ?

Une dépression majeure non traitée peut être à l’origine de décisions extrêmes allant jusqu’au suicide. Les personnes qui en souffrent peuvent quitter leur domicile et se retrouver sans abri. Ainsi, les modifications seraient en fonction de facteurs de l’environnement dans lequel vit le sujet (stress, alcool..) et de l’environnement dans lequel se trouve le système nerveux. Ce qui ne fera qu’aggraver la situation de la personne.

L’absence de traitement de fond demeure un problème dont souffrent les pays développés, pire encore dans un pays comme le Maroc où la sensibilisation à la maladie mentale comme maladie organique qui atteint le cerveau et non pas l’esprit, dans le sens traditionnel du terme, est capitale. 


Par Mbarka Akounach

Photos par Sydney Sims  et Kristina Tripkovic  sur Unsplash

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