Etude

Qui sont les sans-abris au Maroc?

Anaïs Lefébure, HuffPost Maroc

Il y aurait 7.226 sans-abris au Maroc, selon les chiffres du Haut-commissariat au Plan (HCP) publiés lundi 2 octobre à l’occasion de la journée mondiale de l’habitat. Des chiffres qui ne reflètent pas tout à fait la réalité, selon Hind Laidi, présidente de l’association Jood qui vient en aide aux personnes vivant dans la rue.

Selon elle, ils seraient en effet « beaucoup plus », quelques dizaines de milliers, à ne pas avoir de domicile fixe. « Nous sommes certains que cela dépasse de très loin les 7.000 sans-abris », indique-t-elle au HuffPost Maroc. « Dans les zones où nous distribuons des repas à Casablanca, Marrakech et El Jadida, qui ne couvrent pas l’ensemble du territoire, près de 1.000 personnes reçoivent notre aide deux fois par semaine ».

Les chiffres du HCP, basés sur le recensement de la population établi en 2014, permettent néanmoins de se faire une idée du profil des sans domicile fixe (SDF) au Maroc, et des endroits où ils sont le plus nombreux. Les villes de l’axe Tanger-El Jadida abritent ainsi le tiers des sans-abris du royaume (33%) dont presque la moitié (15,9%) vit dans l’agglomération de Casablanca.

Si une grande majorité des sans-abris sont des hommes (86,7%), les femmes sans-abris (13,3%) sont généralement les plus vulnérables. Selon Hind Laidi, « une femme qui vit dans la rue, c’est un futur SDF tous les neuf mois ». « Il est urgent de faire sortir les femmes de la rue. Elles sont victimes de viols, d’agressions sexuelles et de violences », explique-t-elle.

La plupart du temps, c’est pour fuir un mari violent ou leur famille suite à une grossesse non désirée qu’elles se retrouvent dans la rue. Elle sont davantage concentrées dans les régions de Casablanca, Rabat, l’Oriental, Marrakech et Tanger.

Les sans-abris ne sont pas que des adultes. 5,6% d’entre eux sont des enfants de moins de 15 ans et 6,7% sont âgés de 15 à 19 ans. « Ce sont généralement des enfants nés dans la rue de parents sans-abris, des enfants qui ont quitté leur famille qui ne pouvait pas subvenir à leurs besoins ou fui l’orphelinat parce qu’ils subissaient des violences », explique la responsable associative.

Les adultes, eux, forment le plus gros contingent des sans-abris. 77,5% sont âgés entre 20 et 59 ans et 3,8% sont des personnes âgées de 70 ans et plus.

« C’est triste à dire, mais les vieilles personnes sont souvent jetées à la rue par leur famille, car leurs enfants ne veulent plus s’en occuper », se désole Hind Laidi, qui regrette le manque d’infrastructures pour les accueillir. « À Casablanca par exemple, ville qui compte près de 4 millions d’habitants, il y a un seul centre à Aïn Chok pour les personnes âgées, avec 40 lits »

Autre donnée édifiante: 32% des sans-abris sont en situation de handicap, soit près d’un SDF sur trois. La prévalence du handicap des sans-abris est relativement plus faible parmi les femmes (28,4%) que parmi les hommes (32,5%), et elle est plus élevée en milieu urbain (28,4%) qu’en milieu rural (3,6%).

Le handicap peut toucher la vision, l’audition, la mobilité, la concentration, la capacité de prendre soin de soi, et la communication. Par exemple, 1,4% des sans-abris ont une incapacité totale à marcher ou à monter un escalier, 3,9% ont beaucoup de difficultés à voir, et 13,4% ont beaucoup de difficultés à prendre soin d’eux, selon le HCP.

« Il existe très peu de centres d’accueil pour les sans-abris au Maroc. À Casablanca, il y a le centre de Tit Mellil, mais tout le monde le fuit, vu les conditions d’accueil! », raconte la responsable associative.

Alors qu’environ 45% des sans-abris sont analphabètes, dont une majorité de femmes, Hind Laidi souhaiterait la création de centres où l’on pourrait à la fois faciliter l’accès aux papiers pour les SDF, en leur offrant un service juridique leur permettant d’être identifiés, mais aussi les former à des métiers simples. « C’est indispensable pour qu’ils puissent travailler et vivre dignement », estime-t-elle.

Selon le HCP, 45,5% des sans-abris n’ont aucun niveau d’instruction, 32,9% des sans-abris ont un niveau primaire, 19% le niveau secondaire et 2,6% le niveau supérieur.

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